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L'homosexualité féminine au Congo

20-01-2010
Le Congo a un système de gouvernement laïc et fonctionne en principe comme une démocratie. Malgré des changements prometteurs, beaucoup de groupes marginalisés, dont la minorité homosexuelle (lesbienne), qui se voit toujours refuser un droit à la visibilité. Les lesbiennes sont sûrement nombreuses à Brazzaville, la capitale, mais beaucoup souffrent de ne pouvoir exprimer leurs sentiments.
«Les gens pensent à la partie sexuelle, [mais] il ne s'agit pas de sexe , pourrait nous expliqué Véronique une jeune femme d’une vingtaine d’années. Il s'agit d'attirance, d'amour, de la même chose que ce qui se passe dans les relations et les amitiés hétérosexuelles.»


Le Congo est peuplé à plus de 80% de chrétiens. Bien que le pays ait une longue tradition de laïcité, les fondamentalistes religieux sont actuellement en train de renforcer leur pouvoir politique et leur influence dans le pays. Comme c’est le cas avec toute forme de fondamentalisme religieux, le fondamentalisme chrétien risque de mettre en danger toutes les communautés marginalisées. L’homosexualité est interdite par le droit biblique. Le Coran (par exemple) parle de la Tribu de Lur, dont les hommes faisaient l’amour entre eux ; pour punir cette transgression, Allah leur envoya une pluie de pierres.

La Bible dit que l'homosexualité est une « abomination», l'homosexualité serait, «perversion de l'ordre divin, négation de la nature, de la Bible et de l'Afrique». Loin de condamner de tels propos, la majorité des Africains acquiescent, dans nombre d’églises, de temples ou de mosquées au Congo, les autorités religieuses prêchent contre l’homosexualité et déclarent que le sida est une autre pluie de pierres sur les homosexuels. A cause de tels enseignements, les enfants congolais grandissent en croyant que les lesbiennes sont des pécheresses. Être lesbienne est considérée comme une menace à la famille et, par extension, à la société en général.

Les préjugés omniprésents dans la société congolaise mettent les lesbiennes sous une pression énorme. Il est très difficile pour une lesbienne, particulièrement une jeune lesbienne, de s’assumer personnellement ou devant sa famille ou ses amis. Chaque lesbienne doit trouver sa propre voie, sans l’aide d’une communauté de lesbiennes visible ou n’importe quelle autre organisation d’entraide.


une lesbienne qui a réussi à vivre de manière indépendante une histoire a du mal à joindre d’autres lesbiennes. “Comment sortir du placard”, comment se sentir fière de son identité sexuelle surtout lorsque l’on connait le portrait généralement négatif que les médias classiques font des lesbiennes en publiant des lettres de protestation. Même si une lesbienne reçoit le soutien de certaines féministes, il est clair que les lesbiennes doivent s’organiser indépendamment d’un mouvement féministe. Certaines lesbiennes pourraient rencontrer des féministes, mais ne peuvent s’exprimer librement que sur des questions féminines hétérosexuelles car, même au sein de ces organisations, le préjugé contre les lesbiennes est omniprésent.

De plus en plus, certaines femmes choisissent de vivre différemment leur vie sexuelle. Elles vont à l’encontre de l'ordre naturel des choses. Ce phénomène pourrait être très débattu. Mais débattu où? Là est la question. Bien vrai qu'en Occident, on en parle ouvertement. En Afrique par contre, le sujet est un vrai tabou. Pour l’opinion commune, l’homosexualité est liée au stéréotype sur le caractère efféminé des hommes et celui viril des femmes. Autrement dit, l’hommasse serait lesbienne, tandis que l’efféminé serait homosexuel ou gai. Au Sénégal par exemple, le terme pour désigner les homosexuels est « gorjigeen » en wolof, ce qui veut dire littéralement « homme femme ». L’homosexualité est aussi souvent confondue avec la pedophilie et la pédérastie. Si le pédéraste étymologiquement désigne l’amant des jeunes garçons à peine pubères, le pédophile quant à lui sera l’individu qui a une préférence sexuelle pour les enfants, tout sexe confondu.

La majorité des Africains ont vraiment une perception erronée de l’homosexualité. Tout ce qui constitue un comportement sexuel anormal est de l’homosexualité. Mais le fait que plusieurs pays aient des termes dans leurs langues pour indexer les pratiques homosexuelles montre que l’homosexualité a toujours existé. Elle n’est pas un produit de l’occident. Soyons réalistes. Déjà, dans des sociétés anciennes et traditionnelles, certaines formes de pratiques homosexuelles étaient permises. L’homosexualité a toujours existé, à des degrés divers, dans toutes les sociétés, l’Afrique ne faisant pas exception, tantôt interdite, tantôt tolérée. Sauf qu’en Afrique, les gens vivent leur homosexualité en cachette.

L’homosexualité reste très largement taboue dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, mais aussi dans les pays du Maghreb. L’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire sont les seuls pays africains à admettre l’homosexualité. En 1996, avec la fin de l’Apartheid, l’Afrique du Sud est devenu le premier pays africain dont la Constitution protège explicitement tous les citoyens, quelle que soit leur orientation sexuelle. Mais cela n’est qu’une goutte d’eau dans un océan. Sur le terrain, les homosexuels subissent un sort plus terrible. Ils sont lapidés dans les rues, brulés vifs par les populations. Au Nigeria, le plus vaste pays musulman d’Afrique noire, la Loi coranique est claire à ce sujet : « L’homosexualité est un acte répulsif contre nature ». Pour tout homosexuel découvert, la punition est la même que celle réservée aux voleurs et aux autres bandits de grand chemin. Il y en a qui se marient avec le sexe opposé pour se cacher, mais vivent leur homosexualité en cachette. Robert Mugabe, le président du Zimbabwe, qualifiait en 1998 les homosexuels de « pires que porcs et chiens ». S’il l’a dit tout haut, la majorité le pense tout bas. Il est vrai que certains homosexuels sont regroupés en associations, mais ils ne sont pas reconnus. Et s’ils s’affichent sur la place publique, ils s’exposent au lynchage. Il vaudrait mieux qu’ils vivent leur orientation en cachette que de l’exposer aux hétérosexuels. C’est un choix de vivre sa vie. Sakwamé Rodolphe.