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Le théatre congolais d'hier à aujourd'hui

21-04-2010
Le théâtre congolais a toujours fait preuve d’un certain dynamisme, d’une certaine réactivé face aux problèmes sociaux, véritable témoin de son époque, et ce depuis son apparition dans les années cinquante.
Dans les années cinquante, le théâtre moderne fait son apparition à Brazzaville, à l’époque capitale de l’Afrique Equatoriale Française (A.E.F.). Très calqué sur le modèle européen, il s’adresse à ses débuts surtout à l’élite, car les pièces se montent majoritairement en langue française. Le théâtre se développe très rapidement, sous l’impulsion des missionnaires catholiques et protestants. Des groupes de théâtre vont se créer dans les quartiers populaires, encouragés par le gouverneur général Bernard Cornut Gentil, qui est à l’origine de la création des cercles culturels, véritables lieux de formation. Le théâtre d’expression française va ainsi se populariser, et le mélange entre les formes théâtrales traditionnelles et la scénographie occidentale va devenir la norme.
Dans les années qui suivent, le théatre devient un véritable moyen d’expression. Les pièces qui se jouent abordent les problèmes sociaux et politiques. Les textes deviennent militants, plaident pour l’émancipation des peuples, pour la justice et le progrès, les idéaux de liberté, etc. On peut citer les textes de Guy Menga (La Marmite de Koka Mbala et L’Oracle), de Sylvain Bemba (Une Eau dormante), de Tchicaya U Tam’si (Le Zulu), de Sony Labou Tansi (Antoine m’a vendu son destin) et de Caya Makhele (La Danse aux amulettes), qui dénoncent la corruption, la barbarie, la dictature et l’exploitation de l’homme par l’homme. Guy Menga remportera d’ailleurs à deux reprises (1967 et 1968), le concours de théâtre de l’ORTF.
A Brazzaville, deux troupes de théatre vont se démarquer des autres : le Théatre d’union congolais (le T.U.C.) et l’ASTHECO (Association du théatre congolais). En 1969, c’est finalement l’ASTHECO, dirigée par Segolo Dia Mahungu et Pascal Mayenga, qui va s’imposer et devenir le Théâtre national congolais (T.N.C.).
Dans les années soixante-dix, la culture théâtrale va davantage se développer en raison de son appropriation par le milieu scolaire. De nombreuses troupes d’animation scolaires vont ainsi voir le jour, encouragé par Maxime Ndebeka, alors Directeur Général des Affaires Culturelles. Maxime Ndebeka va encourager l’expression artistique chez les jeunes et œuvrer pour que l’ancienne Alliance française devienne le Centre de Formation et de Recherche d’Art Dramatique (CFRAD).
Dans les années quatre-vingt, grâce au travail effectué par Maxime Ndebeka et le CFRAD, le théâtre congolais est à son apogée. Des nouvelles troupes théâtrales voient le jour, comme le Théâtre de l’Amitié, les Frères Tchang, le Rocado Zulu Théatre de Sony Labou Tansi, le Théâtre de l’Eclair d’Emmanuel Dongala et la Troupe artistique Ngounga de Matondo Kubu Turé.
Jusqu’au début des années quatre-vingt-dix, Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala et Matondo Kubu Turé vont devenir les trois noms du théâtre congolais. D’autres dramaturges de renom, parmi lesquels Sylvain Bemba, Tchicaya U Tam’si, Guy Menga, Maxime Ndebeka, Letembet-Ambily et Caya Makhele, vont participer au triomphe du théâtre congolais, au Congo comme à l’étranger. Les troupes congolaises vont séjourner régulièrement à l’étranger et se professionnaliser au fil des années.

Les décès de Tchicaya U Tam’si (1988), de Sony Labou Tansi et Sylavin Bemba en 1995 vont être un véritable coup dur pour le théâtre congolais, que la guerre viendra aggraver.
Pour aider le théâtre congolais à se relever au lendemain de la guerre, Matondo Kubu Turé, qui est le président de l’association Nouvel’Art (regroupe les artistes congolais et se bat pour la promotion des artistes en herbe), va en 1999 s’associer avec le Centre culturel français de Brazzaville (CCF) pour animer tous les derniers jeudis du mois une activité culturelle baptisée « Un mois, un auteur ». Les artistes vont ainsi œuvrer pour le maintien en vie du théâtre congolais, élément essentiel au développement culturel du Congo.

Le théâtre congolais est aujourd’hui en train d’écrire une nouvelle page de son histoire, avec l’aide de jeunes auteurs, fiers du travail accompli par leurs aînés.

Sur la photo : Matondo Kubu Turé